Le château est une propriété privée et habitée, ce qui lui confère cette atmosphère si chaleureuse et "vivante" que l'on ressent lors de la visite. Il situéNote: clic pour aller à la carte à Cheillé en Indre-et-Loire, à deux kilomètres à l'ouest d'Azay-le-Rideau, de style Renaissance.
Son histoire est notamment marquée par des séjours répétés de Camille Claudel et d'Auguste Rodin, qui louèrent le château au cours des étés 1890, 1891 et 1892 pour y travailler et y vivre intimement leur relation amoureuse.
D'une superficie de 14 hectares, le domaine de l'Islette est caractérisé par le cours de l'Indre qui le traverse de telle sorte que le domaine est à cheval sur deux communes, Azay-le-Rideau et Cheillé (où se trouve le château même).
Le parc comprend plusieurs arbres centenaires : une allée de platanes, un noyer d’Amérique, des tilleuls, des marronniers, une végétation variée qui donne de l'agrément au lieu, en plus de la rivière qui apporte de la fraîcheur et permet d'accueillir une certaine population d'oies et de canards. Il est possible aux visiteurs de faire des balades en canot sur l'Indre.
Devant la façade sud du château s'étend un parc à l’anglaise, dessiné et planté vers les années 1830, qui forme un écrin participant à l’harmonie d’ensemble du lieu. Un jardin structuré répond ainsi à la façade sud du monument. "Les lignes, qui délimitent les carrés de rosiers, ne se veulent cependant pas trop strictes ; les saules nains leur apportent une douceur et une fluidité en continuité avec la nature environnante." L'idée majeure est donc, comme pour bien d'autres châteaux de la Loire, de marier agréablement la beauté de l'architecture avec l'esthétique des jardins.
Sur le domaine se trouvent également un poulailler où sont élevées des gélines de Touraine, des clapiers, un pré accueillant un âne, une ponette et des moutons, une aire de jeux et une aire de pique-nique abritée. À proximité se trouve une ferme, dans laquelle les propriétaires déménagent provisoirement durant la saison touristique.
Le virage de Pierre-André et Bénédicte Michaud : Pierre-André Michaud, qui a passé toutes ses vacances d'enfance à l'Islette, a d'abord suivi une carrière de cadre dans le privé, tandis que son épouse, Bénédicte Michaud, a travaillé dans l'univers de la communication et du marketing. Lorsqu'ils décident de reprendre les rênes de la propriété familiale au début des années 2010, ils font un choix de vie radical :
Un changement de métier : ils quittent leurs carrières respectives pour devenir "gestionnaires de monument historique". Gérer un domaine de 14 hectares demande des compétences polyvalentes, comptabilité, gestion des travaux, accueil de milliers de visiteurs, communication et événementiel.
L'ouverture au public : c'est sous leur impulsion que le château s'ouvre à la visite en 2010. N'étant pas subventionné pour son fonctionnement courant, le domaine s'autofinance aujourd'hui entièrement grâce aux billets d'entrée, à la boutique, à la location de barques sur l'Indre, et à l'organisation d'événements (mariages, tournages).
La relève : aujourd'hui c'est leur fils, Pierre-André Michaud, et son épouse Bénédicte, qui gèrent le château. Ils s'y sont installés avec leurs quatre enfants et ont pris la décision majeure d'ouvrir le monument au public en 2010. Récemment, deux de leurs enfants ont annoncé vouloir reprendre le flambeau pour pérenniser l'entreprise familiale.
Pierre et Madeleine Michaud
Son épouse, Madeleine Michaud, a apporté une sensibilité artistique essentielle au domaine. Elle est en effet artiste peintre. C'est elle qui a pensé et harmonisé la décoration intérieure du château au fil des décennies, y intégrant plusieurs de ses propres toiles qui sont encore visibles dans les pièces de vie au cours de la visite.
En achetant le château de l'Islette, le couple ne cherchait pas à faire une opération immobilière ou touristique (le château est resté fermé au public pendant plus de 40 ans), mais souhaitait avant tout offrir une maison de campagne et un ancrage familial à leurs enfants. À l'époque, l'édifice manquait de confort moderne et le parc était en friche. C'est grâce aux bénéfices de leurs activités industrielles qu'ils ont pu financer les lourdes campagnes de restauration successives (toitures, maçonneries, intérieurs).
De 1350 à 1650, le domaine est la propriété de la famille de Maillé, issue de la grande noblesse tourangelle (branche de L'Islette, fondée au XIVème siècle par Guy, dernier fils de Hardouin VI de Maillé et Jeanne de Montbazon, dont l'un des représentants, René († 1531), est le commanditaire de la construction du château actuel dans les années 1520, achevé vers 1530.
A l’origine, il s'agissait sans doute d’un moulin banal où chaque paysan doit venir moudre son blé moyennant une redevance au seigneur.
Le porche en pierre, cantonné de deux pavillons carrés, par lequel on pénètre à l'Islette, porte la date de 1638.
Le château passe ensuite dans les familles des Tiercelin d'Appelvoisin et des Barjot, chevaliers puis marquis de Roncé, par le mariage le 2 juin 1706 à Vouneuil-sur-Vienne de Marie-Anne Tiercelin d'Appelvoisin (fille de Charles, marquis de la Roche-du-Maine, et de Marie-Anne de Maillé, dame de l'Islette, elle-même petite-fille de Charles II de Maillé et Charlotte d'Escoubleau), avec son grand-cousin le comte Alexis-Charles Barjot de Roncé (1667-1708), seigneur de l'Islette, fils de René Barjot de Roncé, marquis de Moussy, et de Charlotte de Maillé (fille de Charles de Maillé et Charlotte d'Escoubleau.
Le couple eut deux filles, Marie-Anne et Charlotte, décédées apparemment célibataires respectivement en 1762 et en 1761. En juillet 1769, Beaumarchais écrit à sa femme, depuis Rivarennes : "À travers les arbres dans le lointain, je vois le cours tortueux de l’Indre et un château antique flanqué de tourelles qui appartient à ma voisine Mme de Roncée."
1789 : lors de la révolution française, son propriétaire est Charles Gabriel Tiercelin d’Appel voisin, député aux États généraux de 1789 est guillotiné en 1793 ou 1794.
Premier Empire, le château connaît plusieurs propriétaires au cours du XIXème siècle, notamment Jean-Baptiste Dupuy, qui est l'auteur d'un certain nombre de rénovations et modifications de l'intérieur comme de l'extérieur du château, au début du XIXème siècle.
Vers 1830-1840 Dupuy fait supprimer les gables des fenêtres du dernier étage et tronquer les toits pointus des deux tours, il fait combler et recouvrir de gravier les douves qui entouraient le château qui ainsi en faisaient une petite îleCe qui a probablement donné le nom d'Islette sur l'Indre. Il fait placer sur le manteau de la cheminée de la grande salle du premier étage son propre blason de son invention, sur lequel figure entre autres un puits, en rapport avec son patronyme. Il est probable que la motivation majeure de Dupuy, qualifié de "forte personnalité", au cours de ces travaux, ait été de laisser son empreinte sur ce lieu historique et prestigieux.
Le décor intérieur du château fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques depuis le 15 novembre 1946.
Le château de l'Islette se caractérise par son long corps de logis rectangulaire à trois étages, flanqué de deux imposantes tours cylindriques au toit pointu. Par sa conception architecturale et sa situation parmi les eaux, il rappelle celui d’Azay-le-Rideau. La tradition veut d’ailleurs que les ouvriers d’Azay aient aussi construit l’Islette, au XVIème siècle. On y retrouve le même double corps de moulures entre deux étages, des fenêtres à meneaux de mêmes proportions ornées d’une volute au centre du linteau, et enfin le même couronnement par un chemin de ronde sur mâchicoulis.
L'aile "brique et pierre" de la partie Nord du château est la partie la plus ancienne de l'édifice et remonte au XVème siècle. Lors de la construction du monument subsistant de nos jours, à la Renaissance, existait en retour d'aile, en direction de la rivière, un ancien logis seigneurial : il n'en reste que cette partie qui faisait la jonction avec le nouveau château. Tout ce qui apparaît en briques uniquement correspondait à des parois intérieures, alors que les murs en briques et tuffeau constituaient les murs extérieurs. Cet ancien édifice était plus bas que le château actuel. On remarque sur cette partie ce qui était peut-être un conduit de cheminée, différentes ouvertures qui permettaient de communiquer et qui ont été bouchées, et la marque de la pente du toit.
La porte d’entrée principale, ancien pont-levis dont il subsiste les rainures, est surmontée d’un cartouche finement sculpté présentant le blason des Barjot de Roncé, accostés d'angelots (restaurés probablement au XIXème siècle) typiques du style Renaissance.
À gauche de ce cartouche se trouve un cadran solaire datant de la seconde moitié du XVIIIème siècle. Son intérêt réside en particulier dans la courbe en 8 — une analemmeFigure tracée dans le ciel par les différentes positions du soleil relevées à une même heure et depuis un même lieu au cours d’une année calendaire.
— qui y est représentée en son milieu, et qui permet de marquer, à midi et selon l'emplacement de l'ombre, le décalage entre l'heure solaire vraie et l'heure solaire moyenne (correspondant à l'axe vertical du XII). Il y a également les signes du zodiaque, qui indiquent l'époque de l'année.
BlasonAu-dessus de la porte d'entrée, ce cartouche sculpté se distingue par la finesse de son décor. Il représente deux figures masculines nues tenant un heaume surmontant un blason, le tout entouré d'une couronne de fleurs et de fruits, symbole d'abondance et de richesse.Sous le blason, un paysage est représenté: à gauche, un moulin et un clocher sont visibles, tandis qu'à droite, le décor évalue vers un motif végétal. Ce cartouche datant de la Renaissance est encadré de pilastres.
Au fil du temps, certaines parties ont été modifiées: la tête du personnage de droite a été refaite et le blason a été remanié au XVIIIème siècle. Ce dernier est orne d'un griffon d'or, créature mi-aigle mi-lion. représentant la famille Barjot de Roncée, alors propriétaire du château. des Barjot de Roncé
Intérieur
Au rez-de-chaussée de la tour est, la chapelle à ogives laisse apparaître des peintures murales et une voûte colorée au lapis-lazuli avec semis d’étoiles. Peints vers la fin du XVIème siècle ou au début du XVIIème siècle, les décors de la chapelle ont retrouvé leur éclat grâce à une restauration réalisée en 2012. Un faux parement pierre sur le mur en face de l'entrée et un petit triangle de faux parement brique, révélés par les travaux de restauration, sont des vestiges du premier décor, remontant au XVème siècle, cela implique que la chapelle préexistait au château.
Le hall d'entrée était à l'origine un point de passage obligé pour pénétrer dans le château par le pont-levis qui existait autrefois, et que les aménagements de Dupuy ont rendu superflu. On entre d'abord dans la salle des gardes, aujourd'hui dédiée à Camille Claudel et Auguste Rodin. Un large escalier en vis de pierre mène au premier, "l’étage noble".
La pièce la plus intéressante du château est "la Grande Salle", qui fut autrefois nommée Salle Saint-Paul en raison d'un tableau représentant la conversion de Paul sur le chemin de Damas qui ornait auparavant la cheminée. Il a disparu depuis et a été remplacé par une Vierge à l'Enfant attribuée à l'école de Simon Vouet. Longue de 14 mètres, large de 8 mètres et haute de 5 mètres, cette salle occupant le centre du premier étage, offre une remarquable décoration picturale du début du XVIIème siècle qui recouvre l’ensemble du plafond, les plinthes où sont représentés bouquets de fleurs élégants et paysages bucoliques, et la cheminée monumentale, surmontée d'une couronne de marquis, qui touche le plafond.
En haut des murs se déroule une frise représentant les alliances des familles Maillé et Carman ; le 21 juillet 1654 à Paris, Charlotte de Maillé (avant le 2/06/1628 - 1701) dame de Saint-Nervin, en Bretagne, fille de Charles (+ 1628), marquis de Kerman, et de Charlotte d'Escoubleau (+ 1644), épousa René Barjot de Roncé (1631-1677), marquis de Moussy, fils du comte Léonor II Barjot de Roncé (+ 1644), conseiller du roi "en ses conseils d'Etat et privé", et de Léonore de Voyer de Paulmy (1614-1654). Cette longue généalogie peinte est annoncée en haut à gauche de la cheminée par cette inscription : "Ici sont les alliances des sires de Carman depuis que François Léon, puîné du comte de Léon, épousa Béatrix, héritière de la maison de Carman, à la charge de prendre le nom et les armes de ladite maison, et eut en partage du dit seigneur de Léon, son frère, la seigneurie d’ici érigée en comté."
Au-dessus de la cheminée de la grande salle se trouve un "intrus" parmi les blasons, celui de Jean-Baptiste Dupuy, propriétaire du château au début du XIXème siècle, qui a souhaité laisser ainsi sa marque au cœur même de l'édifice, avec un blason inventé de toutes pièces figurant notamment un puits, peut-être pour se rattacher à la tradition héraldique des "armes parlantes". Cette pièce spacieuse a pu servir d'atelier à Rodin et à Camille Claudel, dont l'œuvre Les Causeuses, une sculpture intimiste en bronze datée de 1896, est exposée près de la grande cheminée. Camille Claudel fait poser Marguerite Boyer, la petite-fille de la propriétaire du domaine, alors âgée de six ans, et la représente en buste qu'elle décline en plusieurs versions sous des titres divers comme "La Petite Châtelaine", "Contemplation", "La Petite de d'Islette", "Portrait d'une petite châtelaine".
Les Blasons
La frise héraldique qui court en haut des murs revêt une importance particulière pour l'histoire du château. Composée de 27 blasons, elle illustre les aliances entre la famille de Maillé, bâtisseuse de l'Islette, et celle des Kerman, famille maternelle de Charles de Maillé, originaire de Bretagne.
Les blasons des Maillé occupent tout le côté sud de la frise et convergent, en face de la cheminée, vers celui de Charles de Maillé. Ce dernier est surmonté d'une couronne de marquis. Cependant, parmi ces blasons se cache un intrus. Il s'agit de celui de Jean-Baptiste Dupuy, propriétaire au XIXème siècle, à l'origine des transformations du château. Non content d'avoir modifié l'architecture du lieu, il a également tenu à inscrire son empreinte sur cette frise noble, en y ajoutant un blason qui n'a rien d'aristocratique. Son emblème est identifiable grâce à un puits, un jeu de mots sur son nom, et une couranne, conservée malgré l'absence de tout titre nobiliaire. Ce détail témoigne-t-il d'un certain ego, renforcé par son appropriation visible d'un décor séculaire ?









