📅 Samedi 8 août 26
Elle s’inscrit dans le projet au long cours Le Voyage du Phoenix, une exploration sensible et critique des constructions imaginaires liées aux paysages d’oasis, entre mémoire coloniale, désir d’exotisme et reconfiguration contemporaine du regard.
Ce projet examine les mécanismes de fabrication des représentations à travers la photographie, la littérature et le cinéma, en mettant confrontant les récits hérités du XIXème siècle avec les réalités d’aujourd’hui.
Biographie
➟ Parcours et formation : Après avoir effectué ses études à Paris, elle rentre s'installer au Maroc en 2009.
➟ Engagements culturels : en 2013, elle fonde "Le 18", un espace culturel pluridisciplinaire et lieu de résidence artistique situé au cœur de la médina de Marrakech. Cet espace sert de carrefour d'échanges pour les artistes, chercheurs et commissaires à travers des ateliers, des rencontres et des expositions. Elle est également à l'origine de Dabaphoto, un programme annuel consacré à la photographie et aux pratiques de l'image au Maroc.
➟ Pratique artistique et curatoriale : son travail personnel s'articule principalement autour de la photographie, explorant les liens entre les espaces, les images et les récits qui définissent les territoires physiques et symboliques. Elle s'intéresse à la double nature de la photographie, à la fois document d'archive et fiction. On lui doit notamment le projet au long cours "Everything is temporary" ainsi que "Le Voyage du Phoenix".
➟ Distinctions : elle a été désignée première lauréate du Prix Recanati-Kaplan (créé par la Fondation Recanati-Kaplan et la Villa Albertine, en partenariat avec l'Institut du monde arabe), ce qui lui a permis de mener des recherches en résidence aux États-Unis. En 2024, elle a également officié en tant que commissaire pour le festival itinérant d'Art Explora.
Cette exposition constitue un moment charnière du projet : pour la première fois, les outils mêmes de la fabrication du mythe y sont exposés, disséqués et mis en tension. Dans ce contexte, le cinéma apparaît comme une matrice centrale, un modèle de construction du regard et de mise en forme du monde.
Le parcours de l’exposition met en lumière la manière dont les images circulent entre différents champs de production — cinéma, publicité, tourisme, architecture ou aménagement urbain — et contribuent à fabriquer des paysages qui semblent naturels alors même qu’ils relèvent d’opérations de recomposition. Les œuvres présentées explorent ces passages et ces glissements, révélant comment certaines images deviennent des modèles qui façonnent notre perception des lieux.
Archives, objets, fragments de films et structures scénographiques composent un dispositif qui rend visibles les différentes couches de fabrication de ces imaginaires. L’exposition donne à voir les processus de transformation et de traduction qui opèrent entre document et fiction, entre mémoire et mise en scène, entre original et copie. Ce jeu de déplacements met en évidence la manière dont les récits visuels se construisent, se répètent et se transmettent, jusqu’à produire des formes familières qui semblent aller de soi.
Cette approche entre en résonance avec les analyses de Jean Baudrillard sur le simulacre et l’hyperréalité, où l’image ne renvoie plus à un référent stable mais s’inscrit dans un système autonome de signes, capable de produire sa propre cohérence. Elle convoque également une réflexion plus large sur les régimes de visibilité hérités de l’histoire coloniale et sur l’économie de l’exotisme, dans lesquels certains récits s’imposent tandis que d’autres sont effacés, simplifiés ou folklorisés.
En exposant ses artifices, La nuit américaine transforme l’espace d’exposition en un lieu d’observation critique des images. La fiction y devient un outil d’analyse capable de révéler l’architecture du réel. Dans ce jeu de dévoilement, le mythe n’apparaît plus comme une simple construction symbolique du passé, mais comme une structure active du présent, qui continue de façonner les paysages, les récits et les imaginaires contemporains.
Procédé technique du cinéma consistant à transformer artificiellement le jour en nuit, la nuit américaine devient ici une métaphore opératoire : celle d’un monde rendu lisible, crédible et partageable par l’artifice. Ce renversement éclaire un principe fondamental de la culture visuelle contemporaine : les images, les paysages et les récits ne précèdent pas l’expérience, ils la conditionnent et la structurent. À travers la photographie, le film analogique, la vidéo et l’installation, l’exposition révèle ainsi les mécanismes de cadrage, de montage, de répétition et de circulation qui transforment progressivement des territoires en décors et des histoires en formes narratives stabilisées.

























